Raido Nurk -Tableaux, photographie, art photographique Raido Nurk

Raido Nurk


Informations de fond sur Raido Nurk

Entrevue

Picasso a dit un jour : « On ne fait pas l’art, on le trouve. » Où trouves-tu le tien ?

Dans ces matinées embrumées, quand ni moi ni le monde ne sommes tout à fait réveillés. Dans le silence de la solitude, mais aussi dans le chaos imprévisible de l’action – quand tout est brut, vibrant, et qu’on entend presque l’instant crépiter.
Je suis toujours à la recherche d’angles ou de fragments qui échappent à l’évidence – qui évitent les clichés, si possible. Cette chasse est en soi un moteur.
Je ne force pas l’art – il me surprend, quand je suis pleinement présent… et que je laisse ce qui est en moi remonter à la surface, sans filtre. C’est là que ça devient vrai.

De l’idée à la réalisation : comment abordes-tu ton travail ?

Principalement à l’instinct. Je suis ce qui m’électrise. Parfois une idée qui me hante, parfois juste ce besoin de me prouver que je peux créer quelque chose de fort, de durable, de beau.
C’est une sorte de chasse au trésor sans fin… sauf que le trésor est souvent caché sous des couches de doutes et de caféine.
Et soyons honnêtes : parfois, on croit avoir tout compris. Le plan, l’énergie, la vision. Et puis la vie débarque, te fait un doigt d’honneur – et tu improvises. Tu t’adaptes. Et tu espères que le résultat te fera quand même sourire.

Quel est ton livre préféré ?

Difficile d’en choisir un seul – ça dépend toujours du moment.
Mais un livre qui m’a vraiment marqué (et qui n’a rien à voir avec la photo) est Vérité et Justice, un classique estonien.
C’est une histoire rude et sincère sur le fait de se tuer à la tâche, en espérant que peut-être – juste peut-être – l’effort mène à quelque chose : l’amour, la justice, ou une vie un peu moins dure.
Spoiler : la plupart du temps, ça finit en ampoules et cicatrices intérieures.
Mais ce qui m’est resté : même si le travail ne garantit pas le bonheur, il te façonne. Il te forge un caractère, une manière d’être, et peut-être un héritage. 

Comment es-tu venu à l’art ?

Je crois que c’est l’art qui m’a trouvé – pas l’inverse. Il était là, quelque part en moi, attendant le bon mélange d’émotions et d’expériences pour émerger.
La photographie a commencé il y a plus de dix ans. J’avais un appareil et beaucoup d’enthousiasme. Et les choses se sont enclenchées.
Depuis, c’est une relation qui m’accompagne, qui m’a poli, qui m’a aidé à mettre en image ce que je ne pouvais pas exprimer autrement.
Je n’ai jamais cherché l’art. Je ne pensais pas le trouver en moi. Mais je crois qu’il m’a tendu un objectif – au sens propre comme au figuré – et m’a dit : « Voilà. Apprends à te comprendre… mais fais-le en image. »

Quelles personnes t’inspirent dans ton entourage ?

Je travaille mieux seul – c’est là que je trouve mon rythme.
Mais je suis profondément inspiré par d’autres artistes et photographes qui osent des choix forts, une esthétique claire et assumée.
Je suis attiré par ceux qui ne racontent pas forcément une histoire, mais qui cherchent la beauté pure. Choquer est facile. Créer du beau, c’est autre chose.
Et puis… avoir une muse change tout. Quelqu’un qui te soutient, t’inspire – et accepte ton chaos créatif. Cette présence peut tout nourrir.
Quand elle est là, ton travail devient plus profond, plus juste. Il tranche dans le bruit mental. Et parfois, il apporte de la clarté.

Si tu avais une machine à voyager dans le temps ?

J’irais dans le futur.
Le passé est fascinant, oui – mais figé. On ne peut plus y toucher.
Le futur, lui, est un champ de possibles qui se redessine sans cesse selon nos choix du présent.
J’aime cette idée que l’instant présent fait déjà partie de demain. Je la romantise volontiers.
L’esthétique du futur m’inspire aussi – ce mélange de brut, de minimalisme, de tension, mais avec de l’espoir.
J’aime le contraste entre la nature, éternelle, et le tranchant surréaliste de ce qu’on imagine demain.
Alors oui – j’irais vers l’avant. Non pas pour fuir, mais pour voir ce qu’on a semé. Et dans quel monde ça pourrait fleurir.

Qu’est-ce qui te passionne, en dehors de l’art ?

Les motos. Et le café. Surtout ensemble.
Il y a une magie dans les routes vides – une sorte de calme sous adrénaline. Cette sensation de mouvement, de liberté, de concentration… ça nettoie la tête et remplit le cœur.

Sur quoi travailles-tu en ce moment ?

Je développe un projet visuel qui lie sport et nature – une exploration esthétique du corps et du mouvement, immergée dans les paysages sauvages d’Estonie.
Ce projet est pensé comme une œuvre à long terme. J’ai mis du temps à le faire avancer… mais là, c’est le bon moment.